Posted by Gee on 26.04.10

Le seafront de Conil de la Frontera
À la croisée des chemins entre un swell meurtrier et un swell gentil, l’Andalousie expose toutes ses façades à mon regard inquisiteur, des plus raffinées au plus crues. Surf, tapas, Cruzcampo en fût, vino tinto écologique à 3 euros, brandy et seins bronzés. Tous les éléments se sont réunis en Espagne pour stimuler un voyageur qui n’a pas fini de se laisser porter par ses sens.
*J’endosse l’entière responsabilité de l’ennui qui peut être suscité chez le lecteur par la lecture du jeu de mots contenu dans le titre ci-haut.

La Playa Fontanilla abrite quelques animaux
La dernière fois que j’ai vu des vagues aussi monstrueuses, j’étais à Tofino sur l’île de Vancouver pendant un mois de février. Pis encore. Le swell qui est venu frapper les côtes de la Costa de la Luz la semaine dernière était dévastateur. À un intervalle d’au plus 6 secondes, des vagues atteignant aisément 10 pieds s’effondraient lourdement sur la plage de Conil. En bref, un break complètement désordonné laissant voir du champagne partout et sans avertissement. Nous trouvant avec un touriste anglais ne pouvant plus retourner en Angleterre à cause du volcan islandais et qui voulait absolument se mouiller, nous nous sommes quand même rendus à la plage à quelques reprises avec le mince espoir de répéter à contre-sens l’exploit de Normandie de 1944. Nous avons décidément fait preuve d’un optimisme chimérique. Même l’artillerie lourde, les « duck dive » et les « eskimo roll », avaient l’effet de tirs à blanc sur les murs d’eau olympiens qui se repliaient en tubant sur eux-mêmes au large.
Cette semaine-là, notre incapacité quotidienne et chronique à franchir le break se devait d’être noyée dans la nourriture et la boisson espagnoles. Ces derniers jours, Laura, qui gère l’école de surf, aime bien avoir des woofers à ses côtés pour l’aider à divertir les touristes dont elle s’occupe. Ramon, son copain et co-gestionnaire de l’école, est en visite dans sa Suisse natale depuis deux semaines et notre présence aide à animer les conversations lors des sorties dans les bars à Tapas. Et des bars à tapas, il y en a une pelleté. Nous en visitons habituellement quelques-uns par soir et c’est tout juste si on ne franchit pas aléatoirement une porte donnant sur les étroites rues de Conil pour déterminer quel sera notre prochain arrêt.

Quelques tapas

Un peu de Cardenal Mendoza pour la forme
Le swell meurtrier ayant déployé ses derniers effectifs sur la playa Fontanilla, nous profitons de l’accalmie avant le prochain swell pour aller visiter les villages voisins. À Chiclana, un bref arrêt au marché de poisson empli nos sacs de steaks de thon et de filets d’espadon et de requin. Plus tard dans la même journée nous mettons les pieds à Cadiz, vibrante ville portuaire fortifiée et réputée être, selon des standards que j’ignore, la ville la plus ancienne d’Europe. Plus difficile à digérer que la casserole de paella que nous avons mangée ce midi-là était la taille des bikinis des espagnoles à la plage municipale. Apparemment, la coutume espagnole tend à proscrire les démarcations de bronzage. Ce serait une fausse généralisation que de dire qu’en Amérique on doive travailler pour obtenir la vue d’une poitrine, mais je suis d’avis que fournir un certain effort rend l’expérience plus agréable.

L'ancienne ville fortifiée de Cadiz
De retour à Conil, le nouveau swell, supposément gentil celui-là, frappe la côte depuis peu. En descendant vers la plage nous apercevons du pare-brise de l’automobile des bouées oranges qui s’étendent jusqu’à l’horizon, aussi loin que l’œil humain soit capable de les distinguer. La pêche au thon est ouverte et les pêcheurs ont profité de la quiétude momentanée de l’océan pour installer les filets allant servir à capturer celui-ci lors de sa migration vers la Méditerranée. Plusieurs surfeurs barbotent déjà dans l’océan à notre arrivée à la plage, signe indubitable que les conditions sont bonnes. J’en profite pour prendre quelques minutes pour photographier les talents locaux. Une fois dans l’eau, j’ai encore énormément de difficulté à franchir le break. À ce moment précis, la Nouvelle-Angleterre et son océan prévisible et bien léché en été me manquent vraiment. Au fil de la session, l’océan se veut un peu plus clément. Je réussis à sortir. La ride de retour suscite chez moi une euphorie auparavant inégalée en pratiquant ce sport. La vague qui m’a portée au rivage ne faisait que 6-7 pieds, mais il s’agissait de la plus grosse vague que j’avais à ce jour ridée. Et dont je me souviendrai probablement dans le futur comme celle ayant confirmée mon amour du sport.

Bottom turn que j'aimerais être entrain d'effectuer

Cutback dont j'aurais aussi aimé être l'auteur
Le lendemain, les vagues sont réduites à 3-4 pieds et brisent avec une propreté dont je n’avais jamais encore été témoin en Espagne. Laura, comme à chaque samedi, donne des cours à quelques jeunes qui habitent dans le coin. Rex, un anglais de 10 ans, est l’un d’eux. Il paddle sans arrêt et ride tout ce qu’il peut, l’énergie qu’il dégage est incroyable: des cris et des Peace émergent de son coin de l’océan à chaque fois que quelqu’un attrape une vague. Sous un ciel parfaitement bleu et dans un océan turquoise, le vibe est juste incroyable. Cette journée-là j’allais enfin récolter le fruit et dissiper la frustration des efforts fournis en vain la semaine d’avant.

Ici on fait de la marmelade. Ça brasse.
ajn.
About …
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Au beau milieu d’un pèlerinage d’un an sur le vieux continent, Alex se retrouve chez une famille anglaise possédant un verger d’orangers et une école de surf en Andalousie dans le sud de l’Espagne. Il nous fait part ici de ses découvertes à travers une lentille de caméra et un carnet de voyage qui traite de surf, de chats, de yoga et de l’art de vivre en général.
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